Ok. Faut qu’on parle.
Je consultais déjà rarement les médias mainstream en français. Aujourd’hui, j’y vais à reculons, car certaines situations ont le don de me miner jusqu’à l’os. Aujourd’hui, on parle d’Israël et de la Palestine.
Avant que qui que ce soit se mette en tête de s’en prendre à ma nationalité française, je vais le dire rapidement : le terrorisme, c’est mal et je ne cautionne aucune action d’agression, surtout envers des civils. Les militaires, c’est leur boulot, ça fait partie de leur mission, s’ils vont à la guerre, et bien ils y vont. Mais les milliers de personnes qui sont mortes lors des attentats ou sous les bombes, c’est différent.
Et, bordel, juste dire ça me situe en position soi-disant « extrémiste ». Ne pas vouloir que des civils soient tués ne devrait pas poser question, dans aucun monde. Trouver que certains israélien-nes se félicitent des massacres et que c’est mal, ça ne devrait pas poser question non plus.
Ici, le narratif est absolument déformé. Les tournures de phrases, les titres, la sélection des chiffres, des informations, tout ça relève de la pure propagande.
« Oui, mais quand même, le Hamas a commencé en premier »
Ah. Alors c’est ça, la justification du génocide ?
Table des matières
Quelques faits factuellement factuels
Depuis le début du conflit, 1209 israélien-nes sont mort-es, dont 350 soldats. Selon les chiffres officiels (sous-estimés) on est à 41 870 mort-es à Gaza, 97 166 blessé-es. Dans la réalité, on est plutôt autour des 186 000 mort-es. Un enfant est tué ou blessé toutes les 10 minutes. Y compris lors des pseudo « cessez le feu » qui n’engagent que ceux qui cessent le feu.
Même à la louche, même en prenant le plus bas des chiffres, je pense qu’on peut affirmer qu’un camp perd plus de vies que l’autre, et de loin.
Une faible estimation
[article du 2 avril 2024] Les dégâts infligés aux structures physiques sont estimés à 18,5 milliards de dollars (jusqu’à fin janvier)
Le coût des dommages causés aux infrastructures critiques à Gaza est estimé à environ 18,5 milliards de dollars, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par la Banque mondiale et les Nations Unies, avec le soutien financier de l’Union européenne. Ce montant correspond à 97 % du PIB combiné de la Cisjordanie et de la bande de Gaza en 2022.[…]
Si les destructions touchent tous les secteurs de l’économie, le logement représente à lui seul 72 % du coût total des dégâts, devant les infrastructures de service public comme l’eau, la santé et l’éducation (19 %) et les dégâts causés aux bâtiments commerciaux et industriels (9 %). Pour plusieurs des secteurs évalués, les taux de destruction semblent se stabiliser du fait que la majorité des actifs matériels ont déjà été endommagés ou détruits. Et il faudra plusieurs années pour déblayer les gravats, dont le volume est estimé à ce jour à 26 millions de tonnes.[…]
Le rapport souligne également l’ampleur des dégâts causés aux réseaux électriques et aux installations solaires photovoltaïques, la bande de Gaza étant soumise à un black-out quasiment total depuis la première semaine du conflit. Avec 92 % des routes principales détruites ou endommagées et des infrastructures de communication gravement détériorées, l’acheminement de l’aide humanitaire est devenu très difficile.
Tout ce qu’il se passe est documenté
On les voit sur Tik Tok, ces gens morts, ces soldats qui mutilent des cadavres à la pelleteuse juste pour le fun (ne cherche pas cette vidéo, je t’en supplie), on voit aussi certain-es israélien-nes qui se moquent allègrement de la mort de ceuxlles considéré-es comme « nuisibles ». Entre appels à la haine et total manque d’humanité, ces preuves en vidéo sont absolument insoutenables. Unetelle se fait un monosourcil et se voile avec une nappe en faisant une danse ridicule, untel parle de sa haine de tous les arabes, tout va bien (non).
Tranches de vies insoutenables, mais visibles aux yeux de toustes. La dissonance cognitive commence. Comment soutenir des gens comme ça ?
Normalisation du génocide
Tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux contribue à la normalisation de ce génocide. La bulle de filtre n’apporte pas de contradiction. La guerre est perçue comme normale et la punition bien méritée. La multiplication des images violentes entretient cette croyance.
Pire, on ne peut pas parler de génocide sans qu’une personne au moins se lève et dise que oui mais bon, quand même, on a bien le droit de se défendre. Mieux, la plupart des plateformes de réseaux sociaux modèrent en défaveur de la Palestine, en bloquant, supprimant ou réduisant la visibilité des propos plus nuancés.
Amnesty International, l’ONU et d’autres organismes évoquent pourtant ce mot. Ce mot trop fort selon beaucoup. Mais qu’on parle de tuerie de masse ou de génocide, franchement, ça ne change pas les faits. Une partie de l’humanité est systématiquement tuée au profit d’une autre.
Les mots sont importants, les chiffres aussi
Le mot « génocide » est important. Même s’il ne l’était pas, les chiffres restent. Il s’agit d’une destruction systématique et inhumaine.
Et pourtant. Employer ce mot, ou même se dire d’extrême gauche, pour ce que ça vaut, fait de moi une pro-Hamas, on dirait. Parce que la vision est totalement clivée, il n’y a plus de nuance à faire. On est pour ou on est contre. C’est tout. On est totalement dans le clivage comme outil politique.
Pourtant, des israélien-nes qui manifestent contre Netanyahou, il y en a. Ces gens sont-ils donc antisémites ? On en parlait ici à l’occasion des législatives anticipées. Ce manque de nuance est souhaité, afin d’empêcher les personnes de se positionner en utilisant leurs capacités de réflexion et non l’émotion pure.
Beaucoup d’informations diffusées sont fausses. Mais il faut bien justifier l’injustifiable. En se contorsionnant un peu, on réussit à dire qu’ils l’ont bien cherché, ces gosses.
On ne peut plus rien dire
Entre les infos telles qu’elles nous sont livrées et celles qu’on peut trouver, facilement, sur n’importe quel espace des internettes, il y a un immense vide.
Ne pas accorder de crédit aux lignes qui disent « Gaza est frappée » au lieu de « Israël frappe Gaza », c’est tomber dans le complotisme. Seules les infos, les vraies, sont crédibles. On oublie alors qu’on menace indirectement les journalistes en se posant systématiquement en défenseur des intérêts de l’agresseur. Quel journal osera annoncer les chiffres, les faits, les conclusions à en tirer, avec les vrais mots, alors qu’on parle de déchéance de nationalité pour Rima Hassan ?
C’est qui, déjà, qui disait « on ne peut plus rien dire » ? Et qui est effectivement censuré, licencié, déchu ? Qui est contraint au silence, et qui peut proclamer « Mort aux arabes » à la caméra sans aucune restriction ?
Dissonance coupable
Tout ceci ressemble fort à du gaslight. La réalité est déformée, une autre vérité est tissée et diffusée : l’un se venge de l’autre, tout est normal et légitime. Sauf que la réponse est tout sauf proportionnée. C’est comme si on te répétait chaque jour que ta maladie est de ta faute, mais que pleurer est faire du misérabilisme. Souffre, mais ne le dis pas.
L’écart entre la souffrance réelle, chiffrée, documentée, des Gazaouis et l’ensemble des excuses trouvées pour justifier cette souffrance est immense. Infini. Et ça, je ne comprends pas. Mais alors, vraiment pas du tout.
Il aurait été possible de ne pas prendre parti aussi ostensiblement. De dire, même si c’est hypocrite, que ce conflit ne nous regarde pas, mais que, quand même, quelle violence. On aurait pu avoir de la décence, celle de relater les faits, rien que les faits.
Au lieu de cela, on a bâti une pseudo-réponse unique et nationale. Un point de vue labellisé. On oublie 99% des faits et on réagit à l’émotion. Ce peuple qui a tant souffert ne peut pas devenir monstrueux à son tour. C’est impossible. C’est impossible car on refuse de prendre du recul, qu’on ne veut pas se dire que les victimes deviennent parfois des bourreaux.
Marre
Et moi, là, je n’en peux plus, de cette hypocrisie. De cette prise de parti monstrueuse. Je n’en peux plus de voir justifiées les morts de toutes ces personnes qui n’ont que le tort d’habiter ici ou là. J’en ai marre d’entendre dire que les enfants sous les bombes seraient devenus des terroristes plus tard. Tuons-les donc préventivement, alors. Puis tuons leurs parents. Tuons les médecins. Tuons tout le monde.
Une fois qu’il n’y aura plus personne, il n’y aura effectivement plus rien à défendre.